Entre-deux

La vue de ma fenêtre, pas mal non ?

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Pourtant, je me sens de plus en plus à l’étroit ici, j’ai besoin de changement. Nous sommes dans une sorte d’entre-deux en ce moment, dans un flottement : entre deux endroits, entre deux jobs, entre deux traitements PMA, infertiles mais parents. Le séjour à PachaLand m’angoisse et je ne pars pas tranquille. Pourtant, ça pourrait me faire du bien et je me suis organisée autant que possible pour avoir du temps libre sans mari ni enfant, et j’ai dit clairement à Pacha qu’il était hors de question que je reste des jours coincée dans sa famille à siroter du thé et à compter les mouches. J’ai pris rdv avec mon cher Dr VIP là-bas pour une écho de contrôle et pour voir ce qu’il pense de mes échecs récents. Même si évidemment il ne peut pas assurer le suivi, il pourrait être de bon conseil. Et puis une petite écho endo-chattale pendant les vacances, que demander de plus… Cela me rappellera de bons souvenirs, puisque j’ai fait tout mon suivi de grossesse dans son cabinet – et qui sait, ça me portera peut-être chance. J’en ai bien besoin, avec la scoumoune qui me suit ces derniers mois.

Sinon sur le front de Fertile Land, je commence à en avoir ma claque des articles à répétition sur le « baby bump » de cette tête à claque de Pippa Middleton, et de comment elle est trop stylée à Roland Garros, Wimbledon, dans la rue, sur les chiottes. Sérieux, y’ plus intéressant que la vie oisive d’une dinde qui s’est faite engrosser. Dans le genre « les joies de la fertilité », j’étais hier à la piscine municipale et Little Bitch a commencé à jouer avec une gamine de son âge. Du coup j’entame la conversation avec sa mère, qui a aussi un gamin de 4 ans. Je lui dis qu’ils sont rapprochés et là elle me dit « oui, et le 3ème arrive en janvier, on se dit que comme ça on passe quelques années difficiles mais après on sera tranquilles ». Moi: « ah oui je vois » (en fait je ne voyais pas du tout, je n’ai jamais compris cet argument d’en chier un max pour ensuite être plus tranquille quand les gamins grandissent. Moi j’aime le fait de pouvoir profiter de l’âge bébé) Bref, je crois que je ne m’habituerai jamais au fait que les gens puissent programmer quand avoir un gosse, et que ça marche. C’est comme planifier de gagner au loto, et paf, ça y est, tu as des milliers d’euros dans les poches. Dingue…

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Les facéties de DNLP

Récemment DNLP s’est bien moquée de moi et a joué avec mes nerfs. Il y a 10 jours, des saignements après un rapport, suivis de spotting, ce qui m’arrive souvent en fin de cycle et annonce mes règles. Ca dure 2 jours, puis des saignements plus abondants pendant une matinée. J’ai ma cup, mes anti-douleurs, je suis prête pour J1. Sauf que le soir, presque plus rien, et que dalle pendant les 4 jours suivants. Des douleurs de règles, des pertes transparentes qui me font courir aux toilettes pensant qu’elles arrivent. Et là, ce satané espoir commence à faire surface : « et si j’étais Gertrude ? » Les symptômes sont similaires à ceux que j’avais enceinte de Little Bitch, après tout. Je cogite et finis par demander à mon frère de m’envoyer une ordonnance pour une prise de sang. Autant mettre fin à mes souffrances et à mes illusions rapidement. Sauf que le cabinet d’infirmières n’a de la disponibilité que le surlendemain. Soit, ça laissera le temps à mes règles de débarquer pour de bon (ou pas). Le jour d’après, appel : les infirmières sont débordées et ne peuvent finalement que 2 jours plus tard. Sauf que j’ai un entretien à 300 bornes de chez moi et impossible de caser une prise de sang ce jour-là. Bordel, je suis condamnée aux cogitations infernales. Je finis par appeler ma collègue et amie dans la soirée pour lui demander si elle peut m’amener au labo de moyenne ville le lendemain matin – c’est bon, c’est organisé. Et là, 2h plus tard, c’est le drame, c’est comme si le robinet s’était ouvert en grand : des pertes de sang abondantes, ne laissant aucun doute sur le fait que J1 est dans la place. Bilan : un cycle de 34 jours, avec les 10 jours précédents de saignements/pas saignements. Very nice, comme dirait Borat. Je me sens conne d’avoir pu imaginer être enceinte alors que j’ai 3 ans d’essais cumulés qui n’ont jamais donné la moindre grossesse naturelle. Franchement, j’aurais dû apprendre ma leçon depuis le temps… C’est DNLP qui a dû se taper une bonne barre.

 

Jours de colère

 

Plus le temps passe, plus ce satané syndrome pré menstruel me transforme en une sorte de Hulk défonçant tout sur son passage. Un rien m’énerve : le temps mis par Pacha pour enfiler ses chaussures, la tête de veau neurasthénique de ma collègue de l’accueil, la lenteur d’internet, les grappes de touristes bloquant le passage dans ma rue, cette fucking coupe du monde de footeux de merde et tant d’autres choses. La délivrance vient avec J1 : je suis plus calme, mais par contre j’ai mal et peur d’une fuite intempestive de ma cup. D’ailleurs DNLP joue souvent avec mes nerfs, avec des petits saignements et des douleurs me faisant penser que ça y est, ce soir ou demain « elles » seront enfin là, et en fait non. Heureusement pour mes nerfs que je ne psychote plus sur une éventuelle grossesse depuis pas mal de temps maintenant.

J’avais d’ailleurs rendez-vous jeudi avec un autre gynéco spécialiste en infertilité et je l’ai annulé. On part deux semaines en vacances à Pachaland en août, j’ai des entretiens d’embauche ces prochains jours pour des postes dans des endroits loin d’ici et donc ça ne sert à rien de passer des examens médicaux maintenant – et je n’ai pas le temps de refaire une stim avant septembre. On est donc au point mort niveau PMA. Tante Yvette dirait que vacances + déménagement en perspective = grossesse assurée car vousnypensezplus. Ah ah ah. La Fouine, elle, sait bien qu’après 4 stims négatives et 18 mois sans contraception, baby no 2 ne se pointera pas sans gros coup de pouce. En attendant, c’est plutôt agréable de ne plus avoir de rdv médicaux et de traitement, et j’en profite tant que ça dure.

Adieu intimité – les joies d’être parent vol. 4

Les enfants ont une conception toute relative de l’intimité et de la notion de propriété. Tout ce qui est à toi et à eux en gros, et ils ne comprennent pas bien à quoi servent les portes. Ton gamin a squatté ton utérus pendant plusieurs mois et a donc certainement assisté à des scène chaudes entre ton mec et toi (désolée pour celles qui sont enceintes, je n’ai pas pour but de tuer votre libido) et aux « fonctions organiques » de ton corps. Alors après tout c’est normal que tu ne puisse pas aller aux toilettes sans qu’il soit là, te parlant et restant collé à tes genoux pendant que tu fais caca. Tu as la nostalgie des longues minutes passées sur le trône à lire le ELLE ou Paris Match. Au lieu d’un moment de détente, tu te retrouves à devoir répondre à des questions du genre « ton pipi, il coule ? » ou alors « t’as fini de faire popo ? ». Ma fille s’est récemment prise de passion pour mon tiroir à sous-vêtement et prend mes culottes pour les mettre à ses poupées. Il y a quelques jours, elle a pris un soutif qu’elle a accroché au garde-corps de la fenêtre, à quelques mètres de la librairie en face. C’était pour décorer, qu’elle m’a dit. Elle est persuadée que l’iPad mini, propriété de Pacha depuis des années, est à elle. Elle estime aussi que les plantes en pot du restau d’à côté lui appartiennent. Notre chat Vieux Slip subit ses ordres, et gare à lui s’il ose s’installer sur « son » fauteuil (faut-il préciser que le fauteuil en question est à tout le monde). Little Bitch se fout aussi qu’on soit tout nus, et se contente en ce moment de se moquer de moi en me disant « t’as des poils toi ». Cela ne vaut pas la fois où elle a dit très sérieusement à l’assistante maternelle « mon Papa, il faut des prouts » #lesenfantsontformidables #momentsdesolitude

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Bonne poire et gros pigeon

Avec Pacha, on forme un couple au top du glamour : dans l’horoscope chinois, lui est rat et moi cochon. Au niveau du caractère, on se ressemble sur un point, à savoir qu’on a un côté très pigeon (lui plus que moi quand même), histoire de continuer dans le thème du bestiaire qui envoie du rêve… En fait je n’aime pas du tout demander de l’aide, puisque j’ai toujours peur de gêner et que je tiens dur comme fer à me débrouiller seule. Par contre, j’aime bien donner un coup de main. Et Pacha est pareil. Ce qui fait que parfois je me dis qu’on se fait bien entuber/exploiter. Sans aller jusque là, je suis parfois déçue de l’attitude de certains proches tout en réalisant que c’est en partie de ma faute, puisqu’on ne demande que rarement de l’aide. Suite à nos nombreuses aventures internationales et nos galères dont on s’est sortis seuls, on a une image de débrouillards indépendants qui arrivent toujours à retomber sur leurs pattes, façon les Indiana Jones de l’expatriation. Oui mais voilà, c’est pesant, et on aimerait bien aussi avoir un coup de main parfois… Ce n’est pas super agréable quand mes parents refusent de garder notre chat pour deux semaines car ils sont « trop occupés », et n’étaient pas disponibles pour garder Little Bitch les rares fois où on leur a demandé, en nous disant qu’on trouvera bien une solution. C’est un peu rageant quand une amie me répond qu’elle n’a pas le temps de faire un détour de 5 min pour déposer des documents importants dans une boite aux lettres, alors même que le mois précédent on a passé le week-end à l’aider à déménager. Et j’ai eu des envies de meurtre le jour où, alors qu’on était en plein déménagement, sans aucune aide autre que celle des déménageurs professionnels qu’on avait engagés, ma belle-soeur a demandé à Pacha d’emmener sa mère à un rdv médical car elle partait en week-end – le pire étant bien sûr que ce con a accepté. Ce ne sont que des exemples parmi d’autres. C’est un cercle vicieux puisque ces refus nous découragent, donc on ne demande plus rien et on se dit que décidément on ne peut compter que sur nous-même. On se rend compte que finalement l’aide vient toujours de gens qu’on a rencontrés assez récemment, telle ma collègue qui m’a proposé de m’amener aux rdv médicaux et qui a refusé que je lui paye l’essence alors qu’elle est en pleine galère. Je n’attends plus rien d’une bonne partie de mes proches – ce qui change, c’est que maintenant ils ne peuvent plus compter non plus sur la fouine, anciennement bonne poire. Non mais ! Quand à Pacha, je crains que ce ne soit un cas désespéré : il vient d’accepter de réparer le camion d’un collègue qui a refusé de lui filer une clope une fois « parce que ça coûte cher, tu vois ».

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Pacha, alias Royal Pigeon

Les avantages des inconvénients

Je lisais récemment un texte sur la lutte des femmes pour avoir accès à la contraception et cela m’a rappelé cette pensée que j’ai parfois : il y a tout de même quelques points positifs à être infertile. Si, si…

  • De la contraception, tu ne te soucies point. Les galères de pilule ou de stérilet, les flippes de fin de mois quand tu as un retard de règles, on ne connait pas, nous les infertiles.
  • Des économies, tu fais. Bah oui, quand et si tu as finalement la chance de procréer, tu es souvent la dernière de tes proches, qui du coup partagent leur expérience avec toi et te refile tout un tas de matos et de fringues de bébé.
  • Un carnet d’adresse en or tu possèdes. Le meilleur ostéopathe, acupuncteur, naturopathe, tu connais. LE ou LA super gynéco du coin est devenu (e) ton/ta meilleur (e) ami (e) et tu as même sa ligne directe et son mail.
  • De gêne et de pudeur, tu n’as plus. Se mettre à poil devant un professionnel de santé ? Pas de problème ! Tu tombes la culotte aussi facilement qu’un nudiste au Cap d’Agde et tu peux parler théâtre et vacances au soleil le frichti et/ou les nibards à l’air en étant parfaitement détendue.
  • Ton potentiel zen, tu développes. Il en faut de la sérénité et de la maîtrise de soi pour ne pas étrangler tante Yvette avec son foulard Hermès quand elle te sort une énième RALC, ou pour ne pas éborgner ta collègue PB avec l’agrafeuse pendant qu’elle glousse sur la difficulté du choix du prénom en tripotant son bola.

 

Quand la scoumoune ne te lâche pas

Il y a eu cette visite chez le dentiste qui s’est terminée en séance gore d’arrachage de molaire. Il y a eu ces règles qui n’en finissaient pas. Il y a eu cette panne de voiture la veille au soir d’un départ pour un entretien puis pour un mariage. Il y a eu un virement de salaire qui n’est jamais apparu sur le compte. Il y a eu cette facture d’électricité au montant astronomique. Il y a eu cette pensée que j’avais dû faire vraiment des sales trucs dans ma vie antérieure pour me taper un karma aussi pourri.

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J’en suis au point où je rentre la tête dans les épaules et je me demande quelle bouse va encore nous tomber dessus : l’appart qui crâme ? l’ordi qui explose ? une jambe cassée ?

Malgré tout ça, le week-end a été riche en émotions positives, avec le mariage de ma sœur rempli d’instants de grâce : une ambiance de fou, un lieu avec vue sur une plage du Sud, un repas gastronomique, la joie d’être avec des proches qu’on ne voit que trop rarement, Little Bitch qui s’éclate avec ses cousins. Même les deux femmes enceintes (jusqu’au cou) présentes ne m’ont pas sapé le moral. Il semblerait que je sois dans une phase de bienveillance façon « joie et bénédiction, je suis contente pour vous » – ou alors c’est juste que j’ai trop de catastrophes à gérer en ce moment pour penser à mon infertilité. A toute chose malheur est bon #proverbedemamie