Passé

Intérieur jour. Cabinet de Dr Strange à PachaCity. Fraîcheur agréable de la clim après la chaleur humide du dehors. Rien n’a changé dans cette salle d’attente où j’ai passé tant d’heures : les photos de bébé, les bourgeoises stylées qui patientent en tripotant le dernier iPhone ou en feuilletant des magazines de déco (ça change des vieux numéros de Parents Magazine ou des prospectus « votre grossesse » de l’hôpital de moyenne ville) Les deux secrétaires me serrent dans leurs bras et s’extasient sur Little Bitch qui fait sa fausse tête de timide et lorgne sur la coupe de bonbons. On discute, jusqu’au moment où on me dit que Dr VIP alias Grand Ponte est prêt à nous recevoir. Il nous accueille chaleureusement dans son bureau. Avec Pacha ils se tutoient, dans la langue du pays : faut dire que farfouiller ensemble dans un placenta, ce qu’ils ont fait après que j’ai mis bas, ça créé des liens… Je lui explique la situation : les 4 stims négatives, ma mauvaise réponse au traitement lors des 2 dernières tentatives, le fait que je ne faisais pas confiance à Dr Strange et que je voulais savoir où j’en étais exactement de mon statut d’OMPK. Je lui donne les résultats de la prise de sang faite en mars avec les taux d’hormones. Il me confirme que le taux de LH est trop élevé. On passe à la bonne vieille écho endo-chattale. Des petits kystes sur chaque ovaire. Fuck. D’après Dr VIP, cela n’empêche pas l’ovulation, c’est juste que je dois ovuler  environ 1 fois sur 2. Si ça ne fonctionne pas au bout de 2 ans, c’est qu’il y a autre chose. Il me fait un prélèvement, une infection étant une éventualité. Il prescrit un spermo à Pacha. Aussitôt prescrit, aussitôt accompli : après un déj en terrasse avec une amie, Pacha s’est dirigé la fleur au fusil à la bite vers le labo d’analyse. Un mauvais film porno plus tard (dixit l’intéressé), c’était chose faite. Le lendemain, les résultats sont tombés et miracle : finie l’OATS sévère, monsieur ne souffre plus « que » de tératospermie modérée et a un nombre record de nageurs avec une bonne mobilité. Pour moi par contre, une bonne infection, ce qui nous donne droit à tous les deux à 2 semaines d’antibios. Ce qui explique les saignements hors règles que j’ai eus ces deux derniers cycles.

Sinon que dire de ces vacances (qui n’en ont eu que le nom)… Well, disons qu’il n’y a aucune chance qu’on ait conçu un bébé vacances. Je suis rentrée crevée et vidée. Détails à venir !

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Entre-deux

La vue de ma fenêtre, pas mal non ?

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Pourtant, je me sens de plus en plus à l’étroit ici, j’ai besoin de changement. Nous sommes dans une sorte d’entre-deux en ce moment, dans un flottement : entre deux endroits, entre deux jobs, entre deux traitements PMA, infertiles mais parents. Le séjour à PachaLand m’angoisse et je ne pars pas tranquille. Pourtant, ça pourrait me faire du bien et je me suis organisée autant que possible pour avoir du temps libre sans mari ni enfant, et j’ai dit clairement à Pacha qu’il était hors de question que je reste des jours coincée dans sa famille à siroter du thé et à compter les mouches. J’ai pris rdv avec mon cher Dr VIP là-bas pour une écho de contrôle et pour voir ce qu’il pense de mes échecs récents. Même si évidemment il ne peut pas assurer le suivi, il pourrait être de bon conseil. Et puis une petite écho endo-chattale pendant les vacances, que demander de plus… Cela me rappellera de bons souvenirs, puisque j’ai fait tout mon suivi de grossesse dans son cabinet – et qui sait, ça me portera peut-être chance. J’en ai bien besoin, avec la scoumoune qui me suit ces derniers mois.

Sinon sur le front de Fertile Land, je commence à en avoir ma claque des articles à répétition sur le « baby bump » de cette tête à claque de Pippa Middleton, et de comment elle est trop stylée à Roland Garros, Wimbledon, dans la rue, sur les chiottes. Sérieux, y’ plus intéressant que la vie oisive d’une dinde qui s’est faite engrosser. Dans le genre « les joies de la fertilité », j’étais hier à la piscine municipale et Little Bitch a commencé à jouer avec une gamine de son âge. Du coup j’entame la conversation avec sa mère, qui a aussi un gamin de 4 ans. Je lui dis qu’ils sont rapprochés et là elle me dit « oui, et le 3ème arrive en janvier, on se dit que comme ça on passe quelques années difficiles mais après on sera tranquilles ». Moi: « ah oui je vois » (en fait je ne voyais pas du tout, je n’ai jamais compris cet argument d’en chier un max pour ensuite être plus tranquille quand les gamins grandissent. Moi j’aime le fait de pouvoir profiter de l’âge bébé) Bref, je crois que je ne m’habituerai jamais au fait que les gens puissent programmer quand avoir un gosse, et que ça marche. C’est comme planifier de gagner au loto, et paf, ça y est, tu as des milliers d’euros dans les poches. Dingue…

Les facéties de DNLP

Récemment DNLP s’est bien moquée de moi et a joué avec mes nerfs. Il y a 10 jours, des saignements après un rapport, suivis de spotting, ce qui m’arrive souvent en fin de cycle et annonce mes règles. Ca dure 2 jours, puis des saignements plus abondants pendant une matinée. J’ai ma cup, mes anti-douleurs, je suis prête pour J1. Sauf que le soir, presque plus rien, et que dalle pendant les 4 jours suivants. Des douleurs de règles, des pertes transparentes qui me font courir aux toilettes pensant qu’elles arrivent. Et là, ce satané espoir commence à faire surface : « et si j’étais Gertrude ? » Les symptômes sont similaires à ceux que j’avais enceinte de Little Bitch, après tout. Je cogite et finis par demander à mon frère de m’envoyer une ordonnance pour une prise de sang. Autant mettre fin à mes souffrances et à mes illusions rapidement. Sauf que le cabinet d’infirmières n’a de la disponibilité que le surlendemain. Soit, ça laissera le temps à mes règles de débarquer pour de bon (ou pas). Le jour d’après, appel : les infirmières sont débordées et ne peuvent finalement que 2 jours plus tard. Sauf que j’ai un entretien à 300 bornes de chez moi et impossible de caser une prise de sang ce jour-là. Bordel, je suis condamnée aux cogitations infernales. Je finis par appeler ma collègue et amie dans la soirée pour lui demander si elle peut m’amener au labo de moyenne ville le lendemain matin – c’est bon, c’est organisé. Et là, 2h plus tard, c’est le drame, c’est comme si le robinet s’était ouvert en grand : des pertes de sang abondantes, ne laissant aucun doute sur le fait que J1 est dans la place. Bilan : un cycle de 34 jours, avec les 10 jours précédents de saignements/pas saignements. Very nice, comme dirait Borat. Je me sens conne d’avoir pu imaginer être enceinte alors que j’ai 3 ans d’essais cumulés qui n’ont jamais donné la moindre grossesse naturelle. Franchement, j’aurais dû apprendre ma leçon depuis le temps… C’est DNLP qui a dû se taper une bonne barre.

 

Jours de colère

 

Plus le temps passe, plus ce satané syndrome pré menstruel me transforme en une sorte de Hulk défonçant tout sur son passage. Un rien m’énerve : le temps mis par Pacha pour enfiler ses chaussures, la tête de veau neurasthénique de ma collègue de l’accueil, la lenteur d’internet, les grappes de touristes bloquant le passage dans ma rue, cette fucking coupe du monde de footeux de merde et tant d’autres choses. La délivrance vient avec J1 : je suis plus calme, mais par contre j’ai mal et peur d’une fuite intempestive de ma cup. D’ailleurs DNLP joue souvent avec mes nerfs, avec des petits saignements et des douleurs me faisant penser que ça y est, ce soir ou demain « elles » seront enfin là, et en fait non. Heureusement pour mes nerfs que je ne psychote plus sur une éventuelle grossesse depuis pas mal de temps maintenant.

J’avais d’ailleurs rendez-vous jeudi avec un autre gynéco spécialiste en infertilité et je l’ai annulé. On part deux semaines en vacances à Pachaland en août, j’ai des entretiens d’embauche ces prochains jours pour des postes dans des endroits loin d’ici et donc ça ne sert à rien de passer des examens médicaux maintenant – et je n’ai pas le temps de refaire une stim avant septembre. On est donc au point mort niveau PMA. Tante Yvette dirait que vacances + déménagement en perspective = grossesse assurée car vousnypensezplus. Ah ah ah. La Fouine, elle, sait bien qu’après 4 stims négatives et 18 mois sans contraception, baby no 2 ne se pointera pas sans gros coup de pouce. En attendant, c’est plutôt agréable de ne plus avoir de rdv médicaux et de traitement, et j’en profite tant que ça dure.

Les avantages des inconvénients

Je lisais récemment un texte sur la lutte des femmes pour avoir accès à la contraception et cela m’a rappelé cette pensée que j’ai parfois : il y a tout de même quelques points positifs à être infertile. Si, si…

  • De la contraception, tu ne te soucies point. Les galères de pilule ou de stérilet, les flippes de fin de mois quand tu as un retard de règles, on ne connait pas, nous les infertiles.
  • Des économies, tu fais. Bah oui, quand et si tu as finalement la chance de procréer, tu es souvent la dernière de tes proches, qui du coup partagent leur expérience avec toi et te refile tout un tas de matos et de fringues de bébé.
  • Un carnet d’adresse en or tu possèdes. Le meilleur ostéopathe, acupuncteur, naturopathe, tu connais. LE ou LA super gynéco du coin est devenu (e) ton/ta meilleur (e) ami (e) et tu as même sa ligne directe et son mail.
  • De gêne et de pudeur, tu n’as plus. Se mettre à poil devant un professionnel de santé ? Pas de problème ! Tu tombes la culotte aussi facilement qu’un nudiste au Cap d’Agde et tu peux parler théâtre et vacances au soleil le frichti et/ou les nibards à l’air en étant parfaitement détendue.
  • Ton potentiel zen, tu développes. Il en faut de la sérénité et de la maîtrise de soi pour ne pas étrangler tante Yvette avec son foulard Hermès quand elle te sort une énième RALC, ou pour ne pas éborgner ta collègue PB avec l’agrafeuse pendant qu’elle glousse sur la difficulté du choix du prénom en tripotant son bola.

 

Echec et mat

Dure semaine : mes règles ont débarqué avec 4 jours de retard signant sans surprise la fin de cette 4ème stimulation. Mercredi, je me suis effondrée en larmes pendant mon cours de conduite sous l’oeil inquiet de la monitrice. Trop de stress, trop de pression, période d’incertitude, j’ai craqué, et pas au meilleur moment. Jeudi matin, rendez-vous avec Dr Strange annulé car j’étais malade, vertiges et fièvres. Et aujourd’hui, un arrêt de travail jusqu’à mardi inclus car il s’avère que j’ai la mononucléose. Je viens d’apprendre que ma CMU n’est pas renouvelée, et comme ma fille a eu 3 ans, je n’ai droit qu’à la moitié de ce que je recevais jusqu’à présent de la part de la CAF pour m’aider à payer l’assistante maternelle, ce qui est déjà un gros poste de dépense pour nous. Je décerne donc à cette semaine le titre officiel de plus pourrie de l’année ! J’essaie de ne pas m’effondrer mais c’est dur. J’ai pris rendez-vous pour début juillet avec un autre gynéco, spécialisé en infertilité et qu’on m’a recommandé. De toute façon Dr Strange est maintenant en vacances, et je voudrais avoir un regard neuf, et passer des examens plus poussés (au moins un spermo pour Pacha et une hystéro pour moi), même si ensuite on décide faire une longue pause ou qu’on part dans une autre région. Au moins j’aurais un aperçu de ce qui nous attend. Je suis à terre, j’espère me relever bientôt.

 

Sauvée par le gong

Aujourd’hui, c’est la fête des mères dans les contrées lointaines de PachaLand. En ce jour particulièrement, je suis tellement contente de ne plus y vivre. La fête des mères là-bas, c’est une célébration hystérique de LA MERE, la maman, la maternité. Déjà, sans parler d’infertilité, ça fait hurler la féministe qui vit en moi. Tu es obligé d’acheter un truc bien cher à ta mère et ta belle-mère (genre un bijou en or, une fringue de marque, un simple bouquet de fleurs ou un cadeau à 10 balles pouvant déclencher une crise diplomatique), et un truc pas trop mal à toutes les mères de ta famille et de ta belle-famille #cestlaruine. Ensuite, tu dois te farder la réunion familiale pendant toute la journée, à siroter du thé et du café, à glousser bêtement sur les gamins présents et à parler des joies de la maternité. C’est limite pire qu’une baby-shower. Quand j’étais en essai pour avoir Little Bitch, j’avais prétexté une gastro foudroyante – il y avait quand même des limites à ce que je pouvais endurer… Certes entre temps j’ai eu ma fille, mais cette fête m’agace toujours. Ce matin donc, appel WhatsApp obligatoire à la sainte mère de Pacha. Qui était en présence de toutes les femmes de la famille, of course. La tête encore enfarinée (je ne suis pas du matin et je commençais tout juste à boire mon café) je marmonne le « bonne fête » d’usage. Et bim, la tante de Pacha, celle qui a récemment annoncé sa 2ème grossesse apparaît à l’écran. Et ça commence à parler grossesse, terme, gna gna gna… Pacha, ce traître, se barre pour aller s’habiller. Je sens que la question fatidique du « et vous c’est pour quand le 2ème ? » se profile à l’horizon. Et là, dring dring, mon portable sonne : c’est ma soeur. Bénie soit-elle ! Je dis que je dois décrocher, car vous comprenez c’est important elle se marie dans 1 mois, et je me casse dans la chambre en poussant Pacha encore en calebute pour qu’il reprenne l’appel à SA famille. Pfiou, j’ai écourté l’épreuve.

Echo de contrôle demain soir – Dr Strange m’a appelée vendredi matin pour me demander si je pouvais venir lundi au lieu de mardi matin, et ce sera lui qui me la fera, et non pas Dr Oriental. Il semble ne plus pouvoir se passer de moi, ça doit être mon charme d’infertile et mon absence de manières quand il s’agit d’enlever ma culotte pour l’endo-chattale.

Allez, que la force soit avec vous pour la fête des mères qui arrive prochainement en France.